Eléments de bibliographie – mai 2022

Pour commencer, deux thèses, mises en ligne sur HAL / thèses en ligne et dont il aurait été dommage que les lecteurs soient privés. Puis deux numéros de la revue Almogaren et d’autres publications

VALLETTE T., 2015
Taille et polissage de la pierre par des populations agricoles néolithiques en zone refuge saharienne : (Dhar Nema, Mauritanie sud-orientale)
Thèse, Univ. Paris-Panthéon-Sorbonne, 533 p.https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-02495731

Un excellent travail, qui apporte, en particulier, ce qui a le plus manqué au cours des décennies précédentes dans l’étude de l’archéologie des dhars du sud-est mauritanien : des informations concrètes et précises sur l’industrie et une iconographie abondante (240 figures)

DAVIDOUX  S., 2021
La Falémé au cours du Quaternaire récent : analyse paléoenvironnementale d’un espace soudanien riche en vestiges archéologiques en Afrique de l’Ouest. Géographie. Université Paris-Est, 366 p.
https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-03644450

L’équipe de recherche poursuit son exploration méthodique et systématique d’un ensemble d’une exceptionnelle richesse

Almogaren 2021, n° 52

Cette revue est disponible en ligne

SOLEILHAVOUP F., DUHARD J.P. :
Proposition de lecture génitale féminine pour les supposées »nasses » dans l’art rupestre du Sahara préhistorique : 17-170

Un article « obèse » qui n’apporte pas grand-chose de nouveau à un sujet qui a toujours attiré les hypothèses les plus farfelues, de préférence loin de l’archéologie.
On préfèrera : LE QUELLEC J.L., 2022 : Les « nasses » sahariennes : typologie et diffusion. Bulletin d’Archéologie Marocaine, 27 : 171-188

BIVER J., HAUSE C., HERMANN L., 2021
Découverte de matériel lithique levallois à Imaoun (Akka, Anti-Atlas) au Maroc
Almogaren Nr.52 : 5-16

Almogaren 2022, n° 53

PORTILLO-MAYORGA J., TUNON-MORENO A. et al. :
Artefacto apuntado de hueso procedente delAbrigo de Benzú (Ceuta) : 117-128

SAENZ de BURUAGA A. :
Sobre la cronología absoluta de los monumentos líticos funerarios preislámicos del área de Lejuad en el sur del Tiris (Sahara Occidental) : 129-174

Andoni Saenz de Buruaga continue, avec son équipe, de renforcer les connaissances sur une région de l’ouest saharien qui commence à être une des mieux connues. Ici, c’est la datation absolue des monuments funéraires d’une zone réduite du Tiris méridional, qui est visée, Lejuad, à 90 km à l’ouest de la frontière mauritanienne et à 150 km de l’immense ensemble néolithique du paléolac de l’Azrag. 18 dates radiocarbone permettent à la fois de dater pour la première fois certains types de tombes dans l’ouest du Sahara, et de fournir d’un coup l’évolution chronologique du peuplement du Néolithique récent au premier millénaire A.D. Il apparaît clairement (hors millénaires précédents) 5 épisodes (4130 – 3955 B.P ; 3750 -3570 ; 2495 – 2425 ; 1775 ; 1560 – 1460) qui sont présents dans l’ensemble du Sahara de l’ouest, de la haute Seguiet el Hamra au sud mauritanien, autour de 18° nord. Seul manque le millénaire 3500 – 2500 B.P. : il faudra savoir pourquoi. Cette homogénéité chronologique (mais non culturelle) est remarquable et demande à être étudiée. Il faut enfin noter l’excellente iconographie.

ULBRICH H.J. :
An ignored phenomenon – the porthole-slabsin megalithic Canarian burial monuments : 175-184

MILBURN M., 2022
Similar finds in North Britain and the Sahara –the enigmatic keyhole form
Almogaren, n° 53 : 203-210

LE CADRE P. :
Un criquet gravé sur un bloc rocheux à Tamghilt n’Zerzem (Maroc) : 211-216

ULBRICH H.J., 2022
Lineare Geoglyphen in der Wüste Mauretaniens und Parallelen in anderen Gebieten : 217-234

Un article totalement délirant, où l’auteur confond allègrement (on se demande comment !) « géoglyphes » préhistoriques et .. traces de la campagne industrielle de prospection minière au bulldozer (en l’occurence : recherche de gismeent d’or) au sud de Choum, en Adrar de Mauritanie. Il ne serait pas difficile de trouver le nom de la société et la date des travaux. Il y est question de Terre Mère, de Demeter (Cérès), de la combinaison de « rainure » (vulve) et « montagne (phallus). « Était-ce une question d’urgence pour la déesse, ou était-ce un besoin général de plaire à la déesse ? Probablement les deux ! Les emplacements choisis restent également un mystère. » (…) Les lignes pointillées semblent être apparues pour la première fois en Asie centrale (Fig. 18 Kazakhstan) puis – probablement à l’âge du bronze – se sont propagées à travers l’Europe du Sud-Est, l’Asie Mineure et le Levant jusqu’à l’Afrique du Nord-Ouest et les îles Canaries. »(Phrases extraites des pages 230 et 231 et traduites de l’allemand).

Almogaren était une revue sérieuse. On peut se demander si c’est toujours le cas…

Autres publications :

BARGE O., BALARESQUE L., BAUDOUIN J.L., BOELKE M.,  DERRIEN L., 2022  
Hunting in the desert : assessing the form and use of kite-like structures in the western Sahara
Antiquity, ProjectGallery : https://doi.org/10.15184/aqy.2022.35

Comme il est de mode aujourd’hui, cet article a recherché par imagerie satellitaire des « desert kites — a form of archaeological mega-trap » – à l »ouest du Sahara. Une soixantaine ont été trouvés en Mauritanie, à l’extrémité nord-est du pays, dans une région d’accès difficile (cf. https://archaeologie.bemerkenswelt.de/SAHARA/Kites%20West-Sahara.html et carte ci-dessous). Les auteurs s’interrogent sur leur âge et sur les constructeurs, sans avoir le moindre élément de compréhension – aucun archéologue n’est cité et les paléoclimatologues invoqués sont spécialistes de l’étude de carottes marines atlantiques ! Bref, tout est à faire…

LINARES MATAS G.J., 2022
Spatial Organization and Socio-Economic Differentiation at the Dhar Tichitt Center of Dakhlet el Atrouss I (Southeastern Mauritania)
African Archaeological Review, on line

Après avoir établi la carte des monuments funéraires de type bazina de la partie ouest du dhar Tagant, l’auteur s’attaque, 250 km plus à l’est, au plus grand village de la culture néolithique de Tichitt, Dakhlet el Atrouss, peu décrit (Vernet, 1993, et ce blog), mais doté d’une remarquable image satellite (il a existé aussi une photographie aérienne en très grand format, qui a servi à établir le plan du village en 1981). G.J. Linares Matas développe une argumentation absconse, très loin du terrain (« La présence limitée de produits de prestige importés a toutefois provoqué une controverse considérable quant à la complexité socio-politique de la communauté habitant le site » – alors même que le village n’a pas été prospecté, et encore moins fouillé), qui ne convainc pas, pas plus que ses conclusions, censées illustrer « le degré considérable de différenciation spatiale et socio-économique à Dakhlet el Atrouss. »

Voir aussi du même auteur, en 2021 : « Monumental funerary landscapes of Dhar Tagant (south-eastern Mauritania): Towards ethical satellite remote sensing in the West African Sahel » (Archaeological Prospection : 1–22)

Peut-être faudra-t-il songer, sans trop tarder, à proposer quelques éléments déontologiques devant l’explosion des travaux de détection par imagerie satellitaire. Dans cette page, quatre articles sont évoqués. L’un est à jeter , un autre est une prospection à très vaste échelle ; les deux derniers – sur le dhar Tichitt – ciblent des éléments très précis et posent problème, car ils nécessiteraient une connaissance approfondie du terrain pour éviter de développer des hypothèses au mieux erronées, au pire fantaisistes ou même nuisibles. Or, aucun des auteurs n’a, sauf erreur de ma part, mis un orteil sur le terrain, ni ne connaît la littérature régionale (« While only field survey could confirm this hypothesis (…) Fieldwork is necessary to answer these questions conclusively« ) (Barge et al., 2022 : 7). On peut même penser que certains ne sont pas archéologues et, même, ne connaissent rien aux problématiques sahariennes.

SCHMID V.C., DOUZE K., TRIBOLO Ch., MARTINEZ M.L.,  RASSE M.,  LESPEZ l.,  LEBRUN B., HERISSON D., NDIAYE M., HUYSECOM E., 2022
Middle Stone Age bifacial technology and pressure flaking at the MIS 3 site of Tomboura III, Eastern Senegal
African Archaelogical Review, 39.1 : 1-33

L’équipe de la Falémé continue à progresser dans la connaissance paléoenvironnementale et archéologique de la région, ce qui permet, au passage d’en savoir plus sur le flanc sud de la Mauritanie

LARREINA-GARCIA D., SAENZ de BURUAGA A., TARRINO VINAGRE A., NOTARIO B., 2021
Technical ceramics for salt production in Western Sahara
Azania: Archaeological Research in Africa, 56-3 : 344-370

KiINSLEY Ch.W., BRADTMILLER L.I, McGEE D., GALGAY M., STUUT J.B., TJALLINGII R., WINKLER G., deMENOCAL P., 2021
Orbital- and Millennial-Scale Variability in Northwest African Dust Emissions Over 1 the Past 67,000 years
Paleoceanography and Paleoclimatology, 37-1

Enfin, on ne résistera pas à mentionner cet article, paru dans une publication n’ayant rien à voir avec l’archéologie et qui combine faux grossier et habileté technique :

IBHI A., 2018
The discovery of mysterious petroglyphs suggests that a meteor has been observed in ancient times in Morocco
Meteornews, | Nov 18, 2018 – https:/www.meteornews.net/2018/11/18/the-discovery-of-mysterious-petroglyphs-suggests-that-a-meteor-has-been-observed-in-ancient-times-in-morocco/

Akjinjeir à l’ouest de Tichitt : un petit habitat inventorié en 1980

La Mission Tichitt de 1980 a parcouru le dhar Tichitt d’ouest en est en s’efforçant d’inventorier le plus possible de sites, construits ou non. Celui d’Akjinjeir, à une quinzaine de km à l’est de Tichitt a été étudié pendant une journée par S. Amblard, M. Bathily, M. Delneuf et moi. Ces quelques heures de travail ont été particulièrement productives, car peu de sites ont pu bénéficier d’un tel traitement de faveur dans les conditions de travail difficiles de l’époque. Les dimensions réduites du village sont bien entendu à prendre en compte et on se gardera de comparer avec Dakhlet el Atrouss, le village le plus vaste de la culture néolithique de Tichitt, à peine effleuré, comme le montre la page :

https://prehistoireouestsaharienne.wordpress.com/2021/08/30/la-culture-neolithique-de-tichitt-elements-diconographie-3/

Les notes de terrain de la Mission Tichitt de 980
concernant le village d’Akjinjeir

Akjinjeir  (18° 24.521 ; 9° 21.240 W) : un site défensif ?

Akjinjeir est daté par P.J. Munson (1971) de 2700 – 2400 B.P. Il présente un type très particulier parmi les villages néolithiques du Dhar Tichitt. On ne peut en effet le comparer aux 1300 enclos de Dakhlet el Atrouss 1. Il ne comporte qu’une trentaine d’enclos, souvent très petits et presque toujours coincés entre de gros rochers de grès noir. Le plus souvent, il ne s’agit même pas de murs, mais de simples limites de territoires, individuels ou familiaux difficiles à cartographier. La situation d’Akjinjeir n’est pourtant pas fondamentalement dif­férente de celle des autres villages, qui sont, comme lui, en général invisibles de la plaine – aujourd’hui du moins – car à l’époque il y avait certainement des installations dans cette plaine : puits, enclos à bétail, huttes, cultures (?) … Néanmoins, Akjinjeir, installé sur un énorme éperon, domine d’une vision panoramique le baten, ce qui n’est pas le cas de Dakhlet el Atrouss I, par exemple.

Akjinjeir serait donc un site défensif tardif. Mais alors comment expliquer ces centaines de tombes parfaitement visibles de la plaine, qui ceinturent l’éperon d’ Akjinjeir sur la pente du Dhar ? Si les tumulus sont de l’époque du village, ce qui est vraisemblable, ils le signalent immédiatement. Plus qu’un site « défensif », Akjinjeir est donc un site discret.

Un autre problème se pose : la disproportion entre la taille du village et le nombre de tombes. Il n’y en a guère plus, semble-t-il, à Dakhlet el Atrouss 1. Faut-il penser que ces tombes proviennent égale­ment d’une population, contemporaine ou non, installée sur le vaste site de baten au pied d’ Akjinjeir ?

Akjinjeir présente également une autre originalité : le matériel qu’on y trouve est relativement particulier :
– par sa céramique : entre autres, des jarres, surabondantes (pres­que une par enclos) ;
– par son industrie lithique, rare (quelques haches, armatures – dont une polie et denticulée – grattoirs ;
– par sa parure : nombreuses perles en os ou en ivoire ;
– et par ses meules dont le nombre – 106 relevées – est, proportionnellement, sans équivalent sur les autres sites de la région
et pourrait indiquer un peuplement assez important (cf. aussi les nombreuses jarres).

S. Amblard (1984 : 232) en tire des conclusions que l’on peut discuter : « Qui étaient ces habitants d’Akjinjeir ? Pour se percher en un lieu aussi difficile d’accès que celui qu’ils ont choisi, il fallait, semble-t-il, des motivations sérieuses : il suffit d’escalader les pentes du dhar qui permettent d’y accéder pour le comprendre ! Cette avancée dans le baten constitue un excellent emplacement défensif, où, dissimulés dans les rochers, les hommes ont pu vivre. L’abondance des meules et des jarres semblerait faire croire à un lieu où l’on aurait vécu en état de siège. Car comment imaginer que l’on puisse grimper sur ce piton des blocs énormes, débités ensuite en forme de meules (la grande majorité des meules n’ont pas été taillées dans les grès qui constituent les rochers du site) pour y vivre de façon très ouverte. Pourtant, il est curieux d’y constater l’absence totale d’armes.« 

Cela dit, Akjinjeir n’a pas été plus étudié que la plupart des autres habitats de la région, même si le village a été complètement cartographié, les meules inventoriées et l’industrie restante prélevée. Le matériel n’a pas été étudié, sinon les meules. 700 d’Akreijit et 100 d’Akjinjeir ont servi à la description qu’en fait S. Amblard (1984 : 78-86 et 232). Mais une seule photo est présentée, alors que plus de 50 ont été photographiées (cf. infra).
L’iconographie a toujours été le problème de l’étude archéologique de Tichitt. Avant l’avènement du numérique, les missions n’avaient jamais assez de pellicules (NB ou couleur) pour couvrir les immenses besoins d’illustration – sans compter le coût du développement. Quant aux publications, il était à peu près toujours impossible de disposer d’un nombre suffisant de pages dévolues à la photographie. Pas plus que les dessinateurs n’étaient disponibles pour multiplier les illustrations. Il faut attendre les années 2000 pour que l’image devienne un élément essentiel, lorsque les travaux numériques non destinés à la publication – comme beaucoup de thèses – se multiplient. Concernant le Néolithique de Tichitt, il n’est que de comparer la thèse de Th. Vallette qui, non publiée, a été mise récemment à la disposition virtuelle du public (Vallette, 2015), et ses 238 illustrations avec les publications antérieures, qu’il s’agisse d’ouvrages ou d’articles (https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-02495731). On consultera par exemple dans la thèse de Th. Vallette les pages 381 sq, les figures 6,12, 14-17, 18, 20-21, 49-50, 187, 191 et les cartes cartes des figures 13 & 206.

Akjinjeir est un éperon rocheux situé 15 km à l’est de l’oasis de Tichitt, au-dessus du paléolac holocène de Tichitt (Google Earth)

Le baten depuis Akjinjeir. Au premier plan, quelques-uns des innombrables tumulus autour du village

Deux vues de l’habitat, au milieu des blocs de grès

Vue satellite (Google Earth) du village d’Akjinjeir, perdu au milieu de blocs de grès et entouré de très nombreux tumulus

En 1981, le village est connu depuis des décennies. Le matériel a donc été « prélevé » intensivement. Hormis la plupart des meules, peu transportables, on peut penser que, même rare, le matériel présent ne représente qu’une très petite partie de l’industrie d’origine. (Figure mise à jour le 02-05-2022)

Les meules d’Akjinjeir (photos R. Vernet & S. Amblard)

NumeriserVosPhotos.com

Références

AMBLARD S., 1982
Le matériel de broyage des sites des dhars Tichitt et Walata (R.I.M.). Essai d’élaboration d’une liste-type
Leba, t. 5 : 11-22

AMBLARD S., 1984
Tichitt-Walata (R.I. de Mauritanie), Civilisation et industrie lithique
Paris, éd. Recherche sur les Civilisations, 316 p.

Coll., 1980
Mission de recherche préhistorique de Tichitt. Prospection du dhar Tichitt-Aratane (RIM). Rapport préliminaire
IMRS, Nouakchott, dact., 113 pages

MUNSON P.J., 1971
The Tichitt tradition : a late prehistoric of the south western Sahara
Thèse, Univ. Champaign, Illinois, dact., 2 t., 400 pages

VALLETTE T., 2015
Taille et polissage de la pierre par des populations agricoles néolithiques en zone refuge saharienne : (Dhar Nema, Mauritanie sud-orientale)
Thèse, Univ. Paris-Panthéon-Sorbonne, 533 p.

VERNET R., 1993
La préhistoire de la Mauritanie
Ed. Sepia,  Paris, Nouakchott, 427 p.

Archéologie saharienne en avril 2022

Le 12 avril 2022, un grand journal régional français a publié un article sur l’archéologie en Afrique. On y lit ceci :

L’Afrique une « terra incognita » archéologique ? « Attention à ne pas exagérer, non plus. La Préhistoire africaine n’est pas une grande inconnue. Des régions restent d’ailleurs plutôt bien explorées : le Maghreb, l’Afrique de l’Ouest, l’Éthiopie, l’Afrique du sud. » 
« Mais géographiquement, il reste des régions particulièrement méconnues. C’est le cas des secteurs désertiques, comme le Sahara, qui s’étend sur 5 000 kilomètres de l’océan Atlantique à la mer Rouge. Soit 9 millions de kilomètres carrés (…) S’il y fait si chaud et que le climat y est si aride, qu’y a-t-il à chercher puisque des hommes n’ont jamais pu y vivre ? Mais dans la longue histoire de notre humanité, le Sahara a en fait connu des périodes où il était constellé d’immenses lacs avec de la faune et de la flore de savane. Au milieu des girafes et des hippopotames, on trouvait nos ancêtres. »
« Problème, le Sahara vert est devenu un désert, le sable a tout recouvert et gommé les aspérités et reliefs qui sont des traces archéologiques que l’on peut repérer depuis la surface ou le ciel. (…) Difficile de lire le paysage archéologique dans le désert du Sahara. Pourtant, il y a de fortes chances d’y trouver des vestiges. (…) Cette méconnaissance géographique n’a pas que des inconvénients : les générations à venir d’archéologues auront un formidable terrain de jeu, si tant est que la technologie progresse, permettant d’évoluer mieux dans ces immenses zones inexplorées. Ces vingt dernières années, le LiDAR, la télédétection par laser appliquée en archéologie, a permis d’étudier et de découvrir des vestiges cachés par les arbres et les éléments sur toute la planète. »

L’Afrique une «ne n’est pas une grande inconnue. Des régions restent d’ailleurs plutôt bien exploré

Il n’y aurait donc pas d’autre issue, pour les malheureux archéologues sahariens, que de se reconvertir géographiquement, au Yucatan ou au Vanuatu (par exemple) !

On peut donc se demander à quoi pourra bien servir le colloque « Histoire du Sahara  (jusqu’à 650 de notre ère) » qui doit se tenir du 16 au 18 mai 2022 au Collège de France – coorganisé et animé par François-Xavier Fauvelle  et Jean-Loïc Le Quellec.

Voici la liste des communications :

– Le Sahara : un cadre paléo-environnemental : Aziz Ballouche

– Les expressions graphiques rupestres du Sahara : état de l’art : Frédérique Duquesnoy

– Physical Anthropology: A Critical Assessment : Scott MacEachern

– Monuments lithiques du Sahara et du Sahel (4e-1er millénaire avant notre ère) : Yves Gauthier

– Tumuli et mégalithes protohistoriques et médiévaux de la région du Sahel : Hamady Bocoum

– Cultures préhistoriques au Sahara vues par les artefacts d’origine minérale : Latifa Sari

– Archaeology of Material Cultures : Ceramics : Friederike Jesse

– Histoire zoologique du Sahara : Joséphine Lesur

– Histoire floristique du Sahara : Anne-Marie Lézine

– Histoire linguistique du Sahara : Lameen Souag

– Resettlement at the Beginning of the Holocene, 12000-5000 BCE : Barbara E. Barich

– Le Sahara comme espace pastoral et agraire (de 5000 à 1500 avant notre ère) : Jean-Loïc Le Quellec

– La protohistoire du Sahara : chars et métal : Yves Gauthier

– Le Sahara : un paysage inscrit  The Sahara : Dominique Casajus

– Oasis Systems, Mobility and Trade within and across the Sahara (800 BCE-650 CE) : David Mattingly

– Les Égyptiens et le Sahara : à la croisée des sources : Dominique Farout

– Le Sahara dans les sources écrites antiques relatives  à la période phénicienne et grecque (jusqu’à 650 de l’ère commune) : Mohamed Tahar

– L’image du Sahara dans les œuvres romaines : Thouraya Belkahia

« Mais géographiquement, il reste des régions particulièrement méconnues. C’est le cas des secteurs désertiques, comme le Sahara, qui s’étend sur 5 000 kilomètres de l’océan Atlantique à la mer Rouge. Soit 9 millions de kilomètres carrés (…) S’il y fait si chaud et que le climat y est si aride, qu’y a-t-il à chercher puisque des hommes n’ont jamais pu y vivre ? Mais dans la longue histoire de notre humanité, le Sahara a en fait connu des périodes où il était constellé d’immenses lacs avec de la faune et de la flore de savane. Au milieu des girafes et des hippopotames, on trouvait nos ancêtres. »

« Problème, le Sahara vert est devenu un désert, le sable a tout recouvert et gommé les aspérités et reliefs qui sont des traces archéologiques que l’on peut repérer depuis la surface ou le ciel. (…) Difficile de lire le paysage archéologique dans le désert du Sahara. Pourtant, il y a de fortes chances d’y trouver des vestiges. (…) Cette méconnaissance géographique n’a pas que des inconvénients : les générations à venir d’archéologues auront un formidable terrain de jeu, si tant est que la technologie progresse, permettant d’évoluer mieux dans ces immenses zones inexplorées. Ces vingt dernières années, le LiDAR, la télédétection par laser appliquée en archéologie, a permis d’étudier et de découvrir des vestiges cachés par les arbres et les éléments sur toute la planète. »

Eléments de bibliographie.

Mars 2022

Depuis deux ans de nombreuses publication sont parues, qui intéressent le nord-ouest de l’Afrique, du Maroc au Sénégal. Elles dessinent un ensemble paléogéographique et préhistorique probablement plus homogène qu’on ne le pensait.

DUCKWORTH C.N., CUENOD A., , MATTINGLY D.J., eds., 2020
Mobile Technologies in the Ancient Sahara and Beyond
Cambridge University Press, 512 pp.

« The ancient Sahara has often been treated as a periphery or barrier, but this agenda-setting book – the final volume of the Trans-Saharan Archaeology Series – demonstrates that it was teeming with technological innovations, knowledge transfer, and trade from long before the Islamic period. In each chapter, expert authors present important syntheses, and new evidence for technologies from oasis farming and irrigation, animal husbandry and textile weaving, to pottery, glass and metal making by groups inhabiting the Sahara and contiguous zones. Scientific analysis is brought together with anthropology and archaeology. The resultant picture of transformations in technologies between the third millennium BC and the second millennium AD is rich and detailed, including analysis of the relationship between the different materials and techniques discussed, and demonstrating the significance of the Sahara both in its own right and in telling the stories of neighbouring regions. » (abstract)

On a noté : LIVERANI M., Technological Innovations Transfer through the Hyper-Arid Belt : 53-67

PURDUE L., CHARBONNIER J., KHALIDI L., 2018
From refugia to oases – des refuges aux oasis. Living in arid environments from prehistoric times to the present day – Vivre en milieu aride de la Préhistoire à aujourd’hui

Actes des 38e rencontres internationales d’archéologie et d’histoire d’Antibes Éditions APDCA – Antibes

« Malgré des ressources en eau, les régions arides ont été peuplées depuis la préhistoire. Pour survivre, les populations humaines se sont implantées dans des refuges, des espaces isolés bénéficiant de points d’eau, qu’elles ont progressivement aménagé en niches artificielles, les oasis. Les XXXIIIes Rencontres d’Antibes ont eu pour objectif de mieux définir et comprendre la mise en place naturelle puis la construction et l’évolution de ces espaces, en croisant les approches paléo-environnementales, géoarchéologiques, anthropologiques, archéologiques et historiques. Les études de cas présentées, qui portent sur diverses régions arides du monde, de la préhistoire à nos jours, s’inscrivent dans un débat actuel sur la préservation et l’exploitation raisonnée des oasis. Quatre thèmes sont ainsi développés dans cet ouvrage. Le premier est dédié à la définition et la relation entre refuges et oasis, qui sont appréhendées comme des niches socio-environnementales. Le second thème s’attache plus spécifiquement à l’anthropisation progressive des refuges et à la mise en place des oasis, telles que nous les connaissons aujourd’hui. Le rôle de l’eau dans la formation et l’évolution des niches oasiennes est examiné dans le troisième thème. Enfin, le quatrième s’intéresse à la transformation spatiale et temporelle de ces espaces en systèmes de production alimentaire.« 

en particulier : Joséphine Lesur : Du bétail dans les déserts africains : exemples croisés de l’adaptation  des premiers pasteurs dans le Sahara oriental et l’Afar

BLANC-BIJON V. & et al. , 2021
L’Homme et l’Animal au Maghreb, de la Préhistoire au Moyen Âge : Explorations d’une relation complexe

Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, 434 p.

« Source de nourriture et matière première autant que porteur de symboles et de mythes, inspirant l’artiste et l’écrivain, l’animal tient une place essentielle dans les sociétés humaines. L’Afrique du Nord est un espace d’investigation très riche et encore peu exploité en ce domaine. Des chercheurs venus de sept pays des rives de la Méditerranée occidentale (Algérie, Espagne, France, Italie, Maroc, Tunisie et Royaume-Uni) examinent les relations complexes, à la fois étroites et distanciées, liant l’homme à l’animal, suivant trois grands thèmes : la rencontre de l’homme et de l’animal, par le langage et la perception de la « sauvagerie » ; l’animal utile, d’abord chassé et consommé, puis domestiqué et exploité pour l’alimentation, l’habillement, l’éclairage, le transport, etc. ; et enḀn l’animal en représentation : dans les chasses princières ou les jeux du cirque, l’iconographie ou les croyances, les interactions homme-animal sont omniprésentes. La perspective résolument diachronique et multidisciplinaire permet de confronter les approches développées en archéologie et en histoire, de la Préhistoire à l’époque médiévale, et d’interroger ces relations sur le terrain du Maghreb, dans un paysage dont les conditions sont rappelées. Sont convoquées aussi les sources textuelles, faisant part à la linguistique et à la nomenclature. » (résumé)

AUCLAIR L., EWAGUE A., HOARAU B., 2018
Les Paysages gravés du Haut-Atlas marocain Ethnoarchéologie de l’Agdal

Ed. Errance, 224 p.

Le texte comme l’iconographie sont excellents.
« Le Haut-Atlas est la chaîne la plus élevée d’Afrique du Nord, avec une dizaine de sommets dépassant les 4 000 mètres d’altitude, dont le célèbre mont Toubkal (4 165 mètres). Le massif n’a pourtant jamais constitué un véritable obstacle au peuplement humain. Bien au contraire, il représente un lieu privilégié de rencontre, un trait d’union entre Méditerranée et Sahara. Ceci est vrai dans le domaine bioclimatique où la grande faune d’Afrique (lions, rhinocéros et éléphants) a longtemps côtoyé la faune euroméditerranéenne (bouquetins, mouflons et renards). Ça l’est aussi sur le plan historique et archéologique. En effet, au fil du temps, les hommes ont cherché à façonner le paysage dans lequel ils s’inscrivaient, en gravant dans la pierre un peu de leur histoire et de leur culture. Le Haut-Atlas est donc l’écrin de nombreux paysages gravés, et cette expression rupestre témoigne de l’influence déterminante des civilisations méditerranéennes, et notamment ibériques, sur les Berbères qui peuplent ces montagnes. Ainsi à travers cette promenade au coeur de la pierre amazighe, une société se découvre : ses traditions, ses valeurs, ses mythes, ses rites et ses croyances. Mais ces paysages exceptionnels sont fragiles et menacés par les activités de l’homme moderne. Ils sont pourtant les garants d’une histoire comme la roche qui la renferme et qu’il devient aujourd’hui nécessaire de préserver et de protéger si l’on souhaite qu’elle continue à raconter. » (résumé)

SAENZ DE BURUAGA, GARCIA ORTEGA R.,  2021
Materiales de campo para une aproximacion desde la oralidad a la cultura nomada del Sahara occidental. Corpus de entrevitas etno-antropologicas 2008-2015

Asociacion vasco-saharaui de la evolucion cultural. Gobierno Vasco, Vitoria-Gasteiz, 2013 P. + CLEF USB, espagnol, arabe, partiellement basque et français

Les travaux de l’Université du Pays Basque au Sahara occidental ne se sont pas limités à l’archéologie, dont les résultats, exceptionnels, ont souvent été encensés dans ce blog. L’Association basco-saharienne pour l’évolution culturelle s’est aussi lancée, depuis 2004, dans l’étude du patrimoine culturel de la région. Plusieurs ouvrages ont déjà été publiés, qui ont mis en valeur cette société d’éleveurs, si proches de celles qui existent ailleurs dans le Sahara. Le monde saharien actuel évoluant très vite, il est apparu à Andoni Saenz de Buruaga et Maria Rosario Garcia Ortega l’impérieuse nécessité de recueillir les témoignages d’un mode de vie en voie de disparition. Plus de 200 entretiens ont été menés au cours des expéditions archéologiques et ont été conservés intégralement.
Ayant longuement vécu en Mauritanie et au Niger, j’ai toujours éprouvé le regret de ne pas avoir les connaissances et les compétences  ethnographiques, anthropologiques, sociologiques, historiques et linguistiques (rien que ça !) pour appréhender de manière correcte les nomades (et les sédentaires !) dont je croisais le chemin, parfois avec une lourde incompréhension des us et coutumes du pays. C’est pourquoi  j’ai tenu à rendre hommage au travail des auteurs de ce solide ouvrage, de surcroît agrémenté d’une abondante iconographie qui n’a rien à voir avec un guide touristique.

CHAMPION L., 2020
The Evolution of Agriculture, Food and Drink in the Ancient Niger River Basin: Archaeobotanical studies from Mali and Benin

Doctoral thesis (Ph.D), UCL (University College London)

« The analysis of the archaeobotanical remains collected during the course of this thesis come from the Niger River Basin (specifically Benin and Mali) and are oriented towards developing a better understanding of plant food traditions and cultivation through time. These archaeobotanical data pre-date historical records and provide the first empirical evidence for the use of major crops, especially cereals, including pearl millet, fonio and African rice, as well as other food plants in these regions. The sequence of shifts in crop repertoire can in turn be linked to broader social and economic developments in the region. Notably, some of the most important modifications to the African landscape occur in the first millennium BC and then later during the first to second millennia AD, during is the growth of the West African states and empires, such as those of Ghana and Mali, as well as various Songhay polities and the Kasar Haussa. The domestication, spread and relationship of the major African crops, for example, African rice, fonio, pearl millet and sorghum, to the rise and establishment of these political entities then forms a major focus of this thesis.  In turn, the extension and maturation of these political entities no doubt involved many changes (e.g. social, cultural and economic) that impacted on previously established local agricultural systems, urbanization, and trade networks.  » (abstract)

Cette thèse est importante à plus d’un titre : elle rassemble de fort utiles notices récentes sur les travaux plus ou moins anciens d’un ensemble de zones néolithiques (Tichitt, boucle du Niger…) et historiques (Ghana, Songhay, Mali, Kanem Bornou, Haoussa) ; elle décrit nombre de sites, et pas seulement sous l’angle archéobotanique, dont les sites maliens et béninois étudiés par l’auteur. Elle donne quantité de résultats archéologiques importants, et parfois essentiels (Dhar Tichitt, Mali, Bénin, bassin du Niger et delta du Niger, Burkina Faso ; Nigeria, bassin du Tchad, Ghana et Sénégambie). Le tout en les liant au développement de l’agriculture en Afrique de l’Ouest et en poussant au maximum l’interprétation des connaissances sur l’origine des espèces cultivées et les progrès de l’agriculture. Les chapitres sur les techniques liées à l’agriculture – dont l’étude des chaines opératoires – de la production à la consommation sont remarquables.

L’iconographie est riche, en particulier la cartographie et les diagrammes explicatifs (cf, en vrac, pp. : 52,73, 177, 186, 189, 317, 332, 463, 469).

On peut y joindre :
CHAMPION L., GESTRICH N., MacDONALS K., NIEBLAS-RAMIREZ L., FULLER D.Q., 2021
Pearl millet and iron in the West African Sahel: Archaeobotanical investigation at Tongo Maar´e Diabal, Mali
Journal of Archaeological Science: Reports, 39 : 9 p.

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Le Bulletin d’Archéologie Marocaine

dans ses numéros de 2021 et 2022 publie les communications du Congrès du PANAF de 2018. Les deux contributions suivantes concernent de vastes espaces sahariens :

LE QUELLEC J.L., 2022
Les « nasses » sahariennes : typologie et diffusion
Bulletin d’Archéologie Marocaine, 27 : 171-188

Les « nasses » sahariennes ont toujours fasciné : l’article de Le Quellec en est un nouvel exemple. A partir d’un corpus général et d’une typologie fouillée (615 pièces … mais sur 3000 km d’ouest en est), une série de 12 cartes et une « approche phylomémétique » établissent « la possibilité d’une origine sud-marocaine » des nasses et leur rapport modérément consolidé avec le « style de Tazina », lui-même peu délimité par les rupestrologues. On constate, comme d’ailleurs dans l’article suivant, l’absence complète d’une archéologie de terrain et de données chronologiques, qui plombent, sans qu’on puisse vraiment le reprocher aux auteurs, les résultats scientifiques.

GAUTHIER Y., 2022
Monuments, paintings and lakes areal study in central Sahara and in Borkou during the Holocene
Bulletin d’Archéologie Marocaine, 27 : 213-247

Extrait du résumé : «  L’art rupestre souffre d’un déficit général de datation. Il est, donc, difficile de l’exploiter  pour restituer l’histoire du peuplement et mettre en évidence les interactions entre groupes. À défaut de datations directes, [on peut dater] une phase rupestre (…) indirectement si elle est mise en relation avec un type de monument déjà daté (…). L’approche adoptée montre tout son potentiel si on couple les données archéologiques avec les facteurs climatiques. Pour le Borkou, la restitution des paléolacs holocènes permet d’expliquer la distribution très hétérogène des enclos et d’établir la périodisation des images pariétales. »

Le problème de cet article très ambitieux, à l’iconographie spectaculaire, est que l’absence totale du radiocarbone dans la région ne permet malheureusement pas de valider la méthode en l’absence de travaux paléoenvironnementaux et archéologiques de terrain et de datations régionales – ce que l’article reconnaît in fine p. 244.

MAROC

Depuis quelques années, la préhistoire marocaine, qu’il s’agisse de paléoenvironnements ou d’archéologie, et à toutes les époques, est en pointe. Voici quelques-unes des parutions récentes.

HALLETT E.Y. , MAREAN C.W., STEELE T.E., OLSZWEKSY O.I., El HAJRAOUI Md A. , DIBBLE H.L., 2021
A worked bone assemblage from 120,000–90,000 year old deposits at Contrebandiers Cave, Atlantic Coast, Morocco
iScience, 24,102988, September 24

BAQLOUL A., SCHEFUß E., KÖLLING M., DUPONT L., GROENEVALD J., ZHAO X., REDDAD H.,  BOUCHAOU L., BOUIMETARHANI., 2021
Climate and land-use effects on hydrological and vegetation signals during the last three millennia: Evidence from sedimentary leaf waxes in southwestern Morocco
The Holocene, 13 : 699–708

BOUZOUGGAR A., HUMPHREY L., BARTON N., 2020
Cultural transitions in the Middle Stone Age and Later Stone Age records of Northwest Africa: An overview from Morocco
In : Leplongeon Alice, Goder-Goldberger Mae & Pleurdeau David (eds) 2020 — Not just a Corridor. Human occupation of the Nile Valley and neighbouring regions between 75,000 and 15,000 years ago. Paris : Muséum national d’Histoire naturelle, 364 p. (Natures en Sociétés ; 3) : 161-175 et références : 295 sq

BEN AROUS E., FALGUERES Ch., NESPOULET R., El HAJRAOUI M.A., 2020
Review of chronological data from the Rabat- Témara caves (Morocco). Implications for understanding human occupation in north-west Africa during the Late Pleistocene
In : Leplongeon Alice, Goder-Goldberger Mae & Pleurdeau David (eds) 2020 — Not just a Corridor. Human occupation of the Nile Valley and neighbouring regions between 75,000 and 15,000 years ago. Paris : Muséum national d’Histoire naturelle, 364 p. (Natures en Sociétés ; 3) : 161-175 et références

BEN AROUS E., PHILIPPE A., SHAO Q., RICHTER D., et ali, 2022
An improved chronology for the Middle Stone Age at El Mnasra cave, Morocco
PLOSONE. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0261282February11

Cet article (et le précédent) font remarquablement le point sur la chronologie du Middle Stone Age sur le littoral atlantique marocain, avec en particulier d’excellents diagrammes chronologiques. On notera seulement que dans l’article de 2020, la carte de la figure 8.1 donne une vision erronée des sites MSA (et surtout atériens) sahariens et en particulier mauritaniens, bien plus nombreux qu’indiqués. Les auteurs concluent :

« The singular and interdisciplinary works at El Mnasra cave allowed a better cultural, clirnatic and now temporal characterisation of the cave sequence. The implications of the new chronostratigraphic model are far-reaching for the human occupation of the region and the whole of North­west Africa,as they raise questions regarding the participation of North African populations in dispersals inside Africa and beyond. El Mnasra and the other coastal sites of the Témara region show that the reasons for the disappearance of MSA innovation markers are still challenging to understand. It requires refining the climatic and behavioural resolution models to better understand population dynamics and behavioural variability in coastal and surrounding areas. » .

BOUIMETARHAN I., DUPONT L., REDDAD H., BAQLOUL A., LEZINE A.M., 2021
Vegetation response to millennial- and orbital-scale climate changes inAfrica: A view from the Ocean, 2021
In : Quaternary Vegetation Dynamics – The African Pollen Database. Eds. Runge J., Gosling, W.D., Lézine A.M., Scott L. : 349-372

RODRIGUE A., 2021
Gravures d’hippopotames au Sahara occidental
Ikosim, n°10 : 129-132

BARBAZA M., El GRAOUI M., 2022
Eléments de caractérisation de l’art rupestre peint du Maroc méridional
Bulletin d’Archéologie Marocaine, 27 : 189-211

WOLFF R., EWAGUE A., 2021
La figuration de la « pseudo-nasse cornue » du Sud marocain. Quelques apeçus sur sa signification
Bulletin d’Archéologie Marocaine, 26 : 175-199

GALLOTTI R., MUTTONI G., LEFEVRE D. et al., 2021
First high resolution chronostratigraphy for the Early North African Acheulean at Casablanca (Morocco)
Scientific Reports, 11 : 1-15

In abstract : « These results provide the first robust chronostratigraphic framework for the early North African Acheulean and firmly establish its emergence in this part of the continent back at least to ≈ 1.3 Ma. »

AIT BRAHIM Y., BOUCHAOU L., WANAIM A., 2021
Speleothem-based paleocimate research in South Morocco : interest and perspectives
Frontiers in Science and Engeneering. Vol. 11, n° 2 : 9-16

« The paleoclimate information from South Morocco is still limited to the Holocene whereas speleothems from the region have a promising potential to span the past climate change throughout the Pleistocene with a high resolution. »

BERAAOUZ M., AIT BRAHIM Y., BERAAOUZ El H., MONNA F., SIFEDDINE   A., BOUCHAOU L., 2021
Potential Interactions between Climate and Prehistoric Populations in Southern Morocco: Insights from Archaeological and Paleoclimatic Evidence
Frontiers in Science and Engineering – Vol. 11 – n° 2 : 17-32

Cet article est vraisemblablement le prologue de nouveaux travaux dans une région encore peu connue. On notera l’intéressant diagramme chronologique (Fig. 5, p. 27).

CHEDDADI R., CARRE M., NOURELBAIT M., FRANCOIS, L. RHOUJJATI A., MANAY R. , OCHOA D., SCHEFUß E., 2021
Early Holocene greening of the Sahara requires Mediterranean winter rainfall
Proceedings of the National Academy of Sciences, 118(23), e2024898118, https://doi.org/10.1073/pnas.2024898118

GRAFF, G., MASSON MOUREY, J., 2022
« Pister » les images préhistoriques : un exemple saharien
L’Anthropologie, à paraître.

L’article est déjà disponible en ligne sur www.sciencedirect.com (on se demande quelle est la stratégie des éditeurs scientifiques…). Il s’agit du site de Laghchiwat, au sud-ouest de Laayoune, qui n’a fait pour l’instant l’objet que de publications préliminaires et dispersées.

« A défaut (…) de pouvoir en établir une attribution chronologique fiable via les méthodes traditionnelles (…) nous développerons une réflexion préliminaire originale centrée sur un certain type de composition choisi par les préhistoriques : l’image enchevêtrée, c’est-à-dire un ensemble de motifs dont l’aspect foisonnant peut paraître confus. Dans le cadre d’une approche holistique, à savoir l’écologie scientifique – soit la problématique des relations et des dynamiques d’investissement existant entre un organisme et son environnement –, nous fonderons d’abord le socle théorique nécessaire à partir duquel une image peut être appréhendée lorsque l’absence de discours explicatif oblige à s’interroger sur l’intentionnalité comme prémisse aux opérations mentales impliquées lors de sa conception. »

A défaut d’en savoir un peu plus sur le site (… grâce à des comparaisons avec le panneau du Petit Sorcier dans la grotte des Trois Frères (Ariège) et d’un panneau du Wadi Abu Subeira (Assouan), nous nous contenterons d’adhérer ou non  à la corrélation « aux développements cognitifs propres à chaque type de société humaine et donc envisager par ce truchement l’attribution chronologique d’au moins une partie des gravures de Laghchiwat. » (introduction)

STERRY M., MATTINGLY D.J., BOKBOT Y. , 2020
Pre-Islamic Oasis Settlements in the North-Western Sahara
in : Urbanisation and State Formation in the Ancient Sahara and Beyond , ed. Martin Sterry  and David J. Mattingly, Cambridge University Press :  239 – 276

MAURITANIE., 2022

BUFFETEAU E., 2022
The Enigmatic Avian Oogenus Psammornis: A Review of StratigraphicEvidence
Diversity, 14, 123 : 15 p.

VERNET R., 2021
Exploitation et usages de l’eau avant l’Histoire en Mauritanie
In : L’eau en Mauritanie et dans l’Ouest saharien. Représentations, usages et gouvernance d’une ressource en partage. Colloque en hommage à Pierre Bonte. Université de Nouakchott Al-Aasriya, Ecole Normale Supérieure,Nouakchott, mai 2018, L’Harmattan : 45-73

VERNET R., 2021
Le groupe des armatures de type « A » (Hugot, 1957) : un très vaste ensemble néolithique du Sahara septentrional
Bulletin d’Archéologie Marocaine, 26 : 137-157

SENEGAL

FOFANA C.A.K., SOW E., LEZINE A.M., 2020
The Sénégal River during the last millenium
Review of Palaeobotany and Palynology, vol. 275, avril 202
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(Abstract)

« The diatom and pollen assemblages of the upper 4.5 m of a core recovered from the bank of the Senegal River upstream of St Louis (16.03 N, 16.48 W) reveal an exceptional diversity (39 diatom taxa from which 5 mentioned for the first time in Senegambia and 147 pollen taxa), allowing reconstruction of the environmental history of the northern Sahel over the last millennium. Our study confirms that the Little Ice Age was a period of increased dryness. This resulted in the disappearance of tropical trees that were developed in gallery forests during the Holocene humid period. However, freshwater inputs from the Senegal River remained constant during the whole millennium while being strongly impacted by sea level variations: An episode of sea level rise, already recorded in the Ferlo River valley, led to a supply of salt waters up to 1250 CE. It was only after 1720 CE that a dramatic event occurred with the massive development of marine to brackish diatoms at the expense of freshwater forms as a result of the weakening of the Senegal River inputs. Increased dry conditions during the second half of the 18th and the 19th centuries culminating 1826 CE led to the salinization of the core site with the development of Avicennia populations and halophilic plant species from the rear mangrove. »

LEMONNIER K., 2020
Variabilité de l’environnement et du climat du Sahel à la fin de la Période Humide Holocène : analys palynologique d’une carotte de sondage dans la région des Niayes du Sénégal.
Ecole Pratique des Hautes Etudes. Sciences de l’environnement. Mémoire, 86 p.

« A la fin de l’HHP au Sahel, des changements environnementaux de grande ampleur aboutissent à l’alternance entre une phase humide, où des végétaux de type tropical ont pu se développer, à la période sèche actuelle caractérisée par une végétation de pseudo-steppe. Cette période fait l’objet d’intenses recherches qui décrivent une transition soit abrupte soit plus progressive révélant à la fois la complexité du changement environnemental et la complexité des enregistrements issus des archives marines ou continentales utilisées. La chronologie de cette transition varie selon les sites et les archives entre 5.5 et 2.5 k cal BP. L’étude à haute résolution des micro-organismes organiques (pollen, spores, algues) et des fragments de charbon de la carotte sédimentaire du site de Mboro-Baobab (15° 8’58.49″ N, 16°54’34.37″ W), dans la région des Niayes au Sénégal, a permis d’étudier la réponse de l’environnement au changement climatique de la fin de l’HHP et son évolution vers l’actuel. L’analyse de 78 échantillons sur 4m de sédiment recoupant 4300 ans a permis de déterminer 105 taxons polliniques et 6 taxons d’algues et champignons microscopiques et de comptabiliser le nombre de micro-charbons de bois contenu dans les sédiments. Les résultats de l’étude indiquent qu’entre 4300 et 3700 cal BP, le site est formé d’un lac d’eau douce, entouré d’une galerie forestière modérément développée et composée de taxons tropicaux humides comme Uapaca, Macaranga, Anthostema et Alchornea. A partir de 3700 cal BP s’observent les premiers indices d’aridification du milieu avec un premier abaissement du niveau du lac et l’apparition de taxons herbacés steppiques tels qu’Aerva. La réponse de la végétation forestière à cette aridification se fait sentir entre 3200 et 2700 cal BP. Au cours de cette période, les taxons plus humides décroissent progressivement tandis que les taxons pionniers (Alchornea) et les taxons de forêt sèche (Lannea) se développent. Les pourcentages des arbres restent alors stables et la galerie forestière, même dégradée, se maintient jusqu’au dernier millénaire. Au cours du Petit Age Glaciaire (LIA), une crise majeure est enregistrée qui correspond à la destruction quasi totale de la galerie forestière à Mboro-Baobab. L’anthropisation du milieu attestée par l’accroissement des micro-charbons n’est attestée qu’à partir de 105 cal BP.« 

LEMONNIER K., LEZINE A.M., 2021

Timing and nature of the end of the African Humid Period in the Sahel: Insight from pollen data
In : Quaternary Vegetation Dynamics – The African Pollen Database, Taylor & Francis, eds. : 5-64

LEZINE A.M., LEMONNIER K., WALLER M.P., BOUIMETARHAN I., DUPONT L. ,2021
Changes in the West African landscape at the end of the African Humid Period, 2021
In : Quaternary Vegetation Dynamics – The African Pollen Database, Taylor & Francis, eds. : 65-83

SCERRI E.M.L., NIANG K., CANDY I., BLINKHORN, J., MILLS W. et al., 2021
Continuity of the Middle Stone Age into the Holocene
Nature. Scientific reports, https://doi.org/10.1038/s41598-020-79418-4

SCHMID V.C.,DOUZE K., RIBOLO Ch. et al., 2021
Middle Stone Age Bifacial Technology and Pressure Flaking at the MIS3 Site of Toumboura III,Eastern Senegal
African Archaelological Review